À la découverte de la kiné hospitalière au Texas - Ecole d'Assas

À la découverte de la kiné hospitalière au Texas

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Let’s go to America!

Étudiantes de 3ème année à l’IFMK Assas, nous revenons d’un stage d’un mois au Texas qui nous a permis de découvrir la kiné hospitalière américaine. L’ouverture aux autres pratiques de la kinésithérapie a toujours été une de nos motivations et le partenariat mis en place entre l’Ecole d’Assas et l’hôpital Christus Spohn – Shoreline, l’un des plus importants de la ville de Corpus Christi (300 000 habitants), nous a donné une excellente opportunité de nous y confronter.

L’organisation du stage s’est faite en deux temps : tout d’abord 2 semaines en hospitalisation aigüe [acute care] (l’hôpital Christus Spohn – Shoreline est l’un des plus principaux centres médicaux du sud du Texas en hospitalisation aiguë), puis 2 semaines en service de réhabilitation en hospitalisation complète [inpatient rehab]. Dans chaque service, nous avions chacune un tuteur de stage masseur-kinésithérapeute (PT : Physical Therapist).

La kinésithérapie aux États-Unis est découpée en 2 métiers qui suivent deux parcours professionnels différents : le PT, équivalent du masseur-kinésithérapeute en France, et le Physical Therapist Assistant (PTA) dont le champ de compétences se limite exclusivement à l’exercice du traitement kinésithérapique (il ne peut effectuer ni bilan ni diagnostic) et qui doit obligatoirement être supervisé par un PT.

2 semaines en « acute care »

Avant tout, nos tuteurs de stage nous ont expliqué l’organisation du système de santé américain en ce qui concerne la kinésithérapie : le patient arrive dans un service de soins actifs [acute care] où il est obligatoirement évalué en terme de capacité fonctionnelle, musculaire, articulaire, etc., par un masso-kinésithérapeute (PT). Au terme de ce bilan, le PT décide des objectifs de soins et du secteur de prise en charge vers lequel le patient va être orienté (voir schéma). Ces objectifs sont rédigés avec une date butoir, généralement d’une semaine en « acute care », quelle que soit la spécialité.

 

* Skilled Nursing Facility (centre de soins infirmiers)
** Hôpital de jour
*** Soins à domicile

En fonction des objectifs, les PTA réalisent le traitement mais n’ont pas le droit de le prolonger au-delà de la date butoir et doivent s’en tenir strictement aux objectifs établis par le PT. Les objectifs choisis et le temps limité pour les réaliser sont primordiaux car ils orientent la décision de prise en charge financière, ou non, des soins par les compagnies d’assurances.

De fait, nous avons été confrontées au système de couverture médicale du patient, qui est très différent de celui que l’on connaît en France. En effet, le parcours de soin du patient est très dépendant de l’assurance médicale souscrite qui ne prend en charge qu’une période limitée d’hospitalisation et de rééducation. L’assurance elle-même a accès au dossier médical du patient ; si celle-ci juge que le patient ne fait pas assez de progrès en rééducation, elle peut décider d’arrêter la prise en charge de son hospitalisation et de sa rééducation.

En « acute care », la kinésithérapie est réalisée dans la chambre du patient et la séance dure au minimum une demie-heure.

Lors de ces deux semaines, sous la supervision de nos tuteurs, nous avons réalisé des bilans et mis en place des objectifs de soin.

2 semaines en « inpatient rehab »

Il s’agit d’un service qui accueille les patients pour une hospitalisation avec une prise en charge paramédicale importante mais qui nécessite moins de surveillance qu’en « acute ». La durée moyenne d’hospitalisation en « inpatient rehab » est de 10 jours en ortho et de 20 jours en neuro.

L’assurance ne couvre le patient que s’il est pris en charge au moins 3 heures par jour (toutes thérapies confondues : kinésithérapie, ergothérapie, orthophonie). C’est pour cela que les professionnels de santé doivent décrire précisément le déroulement de leur séance et s’organiser entre eux pour fournir à chaque patient ses 3 heures quotidiennes (ce qui implique parfois de réaliser plusieurs séances de kinésithérapie par jour).

Les séances de rééducation se font principalement sur un plateau technique.

Dans ce volet de la rééducation, il y a des séances dédiées à l’éducation de la famille. En effet, les patients sont pris en charge sur de courtes durées et sont souvent renvoyés à leur domicile, le PT organise des séances de rééducation avec les familles pour leur apprendre à prendre en charge le patient.

Lors de nos 2 semaines, nous avons pris en charge complètement plusieurs patients par jour (bilan, diagnostic et traitement), bien entendu toujours sous la supervision de nos tuteurs.

Nous avons été confrontées à plusieurs différences par rapport à notre expérience française :

  • Tout d’abord le PT ou PTA ne s’occupe que de la fonction du membre inférieur. La prise en charge des membres supérieurs est exclusivement réalisée par les ergothérapeutes (OT, « Occupational Therapist »).
  • Le PT ne réalise pas de rééducation cardio-respiratoire, celle-ci étant prise en charge par le « respiratory therapist ».
  • Il ne réalise pas non plus de rééducation uro-génitale.
  • Le PT peut, même si c’est de moins en moins courant, réaliser les pansements (« wound care »).
  • Nous avons observé que la rééducation était orientée vers la prise en charge fonctionnelle, avec des objectifs orientés vers la fonction.
  • Les PT ont un rendement de patients à faire et à justifier.
  • Toute absence de prise en charge ou toute modification dans la prise en charge du patient doit être documentée et justifiée auprès du cadre kiné et l’emploi du temps du PT doit être réorganisé pour prendre en charge d’autres patients et ainsi répondre aux critères de rendement.
  • Chaque patient présente sa propre « gait belt » (ceinture de marche), qui est mise en place dès que le patient sort du lit et est utilisée par tout le personnel pour empêcher toute chute. Son absence peut entraîner des problèmes juridiques.

NB : Les différences observées ne concernent que cet hôpital et ne reflètent pas forcément tout le fonctionnement hospitalier des États-Unis.

La contrainte de rendement nécessite une importante organisation pour faciliter le travail des thérapeutes, augmenter le temps consacré au travail et donc au patient (matériel, emploi du temps, communication, hiérarchisation), et majorer ainsi les chances de réussite du traitement et de la rééducation.

La patientèle

En dehors des pathologies fréquemment rencontrées en France (AVC, etc.), nous avons été frappées par :
– le grand nombre de patients présentant une obésité morbide,
– ceux ne parlant qu’espagnol,
– et, enfin, la présence de plusieurs patients issus du milieu carcéral.

À titre personnel

L’exercice de la kiné hospitalière aux États-Unis nous a demandé les mêmes compétences et connaissances que nous avons apprises en France, cependant il nous a fallu les adapter aux différences culturelles et d’organisation du système médical américain, avec ses propres critères de rendement, de productivité et de délais.
Cette autre vision de la kinésithérapie nous a apporté de nouveaux acquis, que nous trouvons indispensables d’incorporer à notre future pratique.
Nous avons aussi apprécié la sympathie des Texans.
Nous recommandons donc ce stage à toute personne ouverte à une expérience exceptionnelle, mais il nous semble important de rappeler qu’il est indispensable de parler, et surtout de comprendre, un anglais courant et familier, voire de posséder quelques mots d’espagnol !

Remerciements

Nous voulons tout d’abord remercier notre école, sans laquelle nous n’aurions tout simplement jamais eu l’occasion de vivre cette expérience.

Nous voulons également remercier toute l’équipe de rééducation au Texas, qui nous a accueillies non seulement dans son quotidien professionnel mais parfois aussi personnel, et avec qui nous avons échangé avec beaucoup de convivialité sur nos différences culturelles et sociales.

Sarah ARISS et Kim MARTIN, K3 2016-2017

Consultez la rubrique Internationale de l’Ecole d’Assas

Consultez l’interview de Kim Martin et Sarah Ariss sur Kiné Actualité du 6 octobre 2016. Interview de Kim Martin et Sarah Ariss

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