La découverte du pied aborigène

aborigène podologie

Assas en pays aborigène ! Lucie et Marie, deux anciennes étudiantes de l’Institut de Pédicurie-Podologie, diplômées en 2017, ont eu la possibilité d’effectuer un stage de deux mois en Australie dans le cadre d’un accord de partenariat avec l’Université Charles Sturt d’Albury. Cet accord est le fruit de plus de deux années d’échanges entre l’École et l’Université d’Albury suite à un contact pris par Arnaud Foisy lors d’un déplacement au Canada.

En octobre 2017, Lucie et Marie nous ont nous donné un premier article sur ce séjour professionnel aux antipodes. Ce nouvel article retrace une expérience hors du commun, vécue au contact du peuple aborigène d’Australie. Grâce à James Charles, enseignant à l’Université d’Albury et premier podologue aborigène d’Australie, Lucie et Marie ont pu prodiguer des soins au sein d’une communauté aborigène, une opportunité unique qu’elles nous racontent avec toute leur passion pour l’un des plus beaux métiers du monde. [Signalons que l’École d’Assas aura l’immense privilège de recevoir James Charles en mars 2017, pour une série de cours et une conférence exceptionnelle sur la prise en charge du pied aborigène.]

Il existe à travers chaque voyage des opportunités uniques et des expériences privilégiées qui ne s’oublient pas. Nos 3 jours de road trip sur la côte sud du New South Wales avec James font précisément partie de celles là. En l’espace de 72h, nous avons parcouru plus de 1100km pour aller prodiguer des soins dans des cliniques dédiées aux communautés aborigènes australiennes. Appartenant aux équipes médicales des cliniques de Narooma et Katungul, James consulte plusieurs fois par an gratuitement sur des journées entières en tant que Podologue Chirurgien. Le plus souvent, des autorisations sont nécessaires pour avoir accès aux cliniques en dehors des équipes médicales. Nous avons pourtant eu cette chance unique de pouvoir y soigner.

Assas podologie

Plage de Merimbula

Pour nous, ce voyage aura été riche tant dans la découverte des paysages australiens que nous aurons traversés – du Mont Kosciusko National Park enneigé aux plats déserts et rocailleux, et des plaines vallonnées à la plage de Merimbula ensoleillée, le tout en une même journée – que dans la découverte des patients aborigènes et de leur histoire qui, à l’heure actuelle, divise encore profondément l’Australie.

pied aborigène

PNA (partial nail avulsion)

Afin de vous plonger dans le contexte de notre expérience, voici quelques chiffres clés. En 2012, les communautés aborigènes australiennes représentaient 2,5% de la population australienne d’après le Bureau des statistiques australien. Pourtant réparties sur tout le territoire, un grand nombre d’entre elles vivent encore dans des conditions précaires et souffrent de mauvaises conditions de santé. En 2015, l’Association médicale australienne publiait des données révélant alors que l’espérance de vie des populations aborigènes était de dix ans inférieure à celles des autres Australiens, tandis que la mortalité infantile était deux fois plus élevée que celle des autres populations du pays. Très investi à ce sujet, James a également conduit des recherches sur la santé du pied aborigène. Dans sa publication titrée An investigation into the foot health of Aboriginal and Torres Strait Islander peoples: a literature review, il explique qu’environ 60% des populations aborigènes souffrent de pathologies chroniques : diabète, neuropathies et artériopathies oblitérantes des membres inférieurs associées à de nombreuses pathologies du pied.

pied aborigène

Mesure de la pression systolique de l’orteil

Nos journées dans les cliniques de Narooma et Katungul ont été très intéressantes et surtout très rythmées ! Plusieurs professions médicales sont regroupées et consultent en coordination au sein de ces cliniques. En 2 jours, nous avons ainsi eu beaucoup de patients. Les consultations consistent la plupart du temps en des contrôles vasculaires et neuropathiques pour les patients diabétiques, ainsi qu’à des soins et chirurgies de l’ongle.

Nous avons pu aider James en grande partie sur les soins cutanés et unguéaux ainsi que sur les évaluations diabétiques en effectuant les doppler, tests au diapason et aux monofilaments. Une dizaine de monofilaments en notre possession étaient gradués de 2g à 300g afin d’évaluer précisément l’état de la neuropathie. De plus, nous avons eu la chance de pouvoir observer James pratiquer plusieurs avulsions partielles d’ongles incarnés. Cette opération consiste en une anesthésie locale de l’hallux ainsi qu’à la découpe de la matrice sur le bord unguéal concerné. L’anesthésie se pratique à l’aide de deux doses locales, chacune étant injectée de part et d’autre de la phalange. Une bague ou « tourniquet » peut être disposée à l’hallux afin de faire un garrot le temps de l’opération. À l’aide de pinces spéciales, une découpe du bord de l’ongle incarné en prolongeant jusqu’à sa matrice est réalisée. L’utilisation de phénol permet ensuite de cautériser. Le résultat final momentané est surprenant dans sa précision et son esthétisme ! Comptez 30 minutes, le temps de l’opération. Un pansement est ensuite posé pour 4-5 jours avec un suivi infirmier si besoin. Enfin, les retours et résultats, dans leur très grande majorité, sont très bons. Notre apprentissage professionnel a ainsi été au cours de ces deux journées extrêmement intense et intéressant.

Avec Marie, nous ne remercierons jamais assez James de nous avoir fait partagé avec lui cette superbe expérience et ce voyage en New South Wales. Nous admirons son engagement en faveur des communautés aborigènes de Narooma et de Katungul où nous avons été si bien reçues.

Lucie Bertrand
Diplômée d’Etat Pédicure-Podologue 2017