Kiné, enseignant, chercheur et interne en médecine : portrait d’Arnaud Delafontaine

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Kiné et (bientôt) docteur en médecine : Arnaud Delafontaine est un pionnier de la rééducation de demain. Spécialiste de la marche, il n’a jamais cessé d’étudier depuis l’obtention de son diplôme d’État (DE) en 2008. Enseignant à l’IFMK de l’École d’Assas, il est depuis 2010 juré du DE. Il nous présente aujourd’hui son parcours alors qu’il termine son premier semestre d’internat en médecine physique et de réadaptation (MPR) et vient de publier un article dans la revue Frontiers in Neurology.

« Parfois, certains ne comprennent pas que je sois encore étudiant mais, à mes yeux, c’est une opportunité formidable. Lors de ma première année d’IFMK, j’ai travaillé avec un manuel intitulé « Biomécanique fonctionnelle » et ai découvert, en lisant les présentations des différents auteurs, que l’un d’eux, Michel Pillu – conseiller scientifique et membre du département international de l’École d’Assas –, était non seulement kiné mais aussi docteur en sciences. Pour moi, qui venait de Staps, cela a aiguisé ma curiosité. D’une part, j’ai commencé à comprendre que si ce livre me plaisait c’est parce qu’il associait l’explication clinique à la recherche appliquée et, de l’autre, que mes études pouvaient se poursuivre après le diplôme d’État. »

Après avoir décroché son DE de masseur-kinésithérapeute (MK) en 2008, Arnaud Delafontaine a donc poursuivi, en parallèle de son activité professionnelle, ses études de Staps jusqu’à soutenir une thèse sur le contrôle moteur à Paris-Sud. Loin d’être un aboutissement, ce doctorat ès sciences lui a permis de rentrer en troisième année de médecine – à l’époque, en effet, la reconnaissance du diplôme MK permettant de s’inscrire en deuxième année de médecine n’existait pas encore. Le voici aujourd’hui interne en médecine physique et de réadaptation (MPR), achevant son premier semestre de stage dans le service de neurologie et neuro-vasculaire de l’hôpital de Beauvais.

 

Apprendre, comprendre et transmettre

Ce parcours, inimaginable il y a quinze ans, a bien entendu été favorisé par l’universitarisation croissante des métiers de santé. Mais il s’explique avant tout par la volonté constante d’Arnaud de nourrir sa pratique par une meilleure compréhension de l’acte à accomplir, donc de fonder sa réflexion clinique sur ses connaissances universitaires et ses travaux de recherche.

Son esprit de curiosité scientifique se manifeste aussi par sa participation régulière au jury du DE : « Être juré du DE, explique-t-il, est un exercice de style intéressant qui m’aide à rester en phase avec l’actualité scientifique. Une étude récente a montré que la rééducation est le domaine médical et paramédical qui compte le plus grand nombre de publications scientifiques dans le monde chaque année. Comme il n’est pas possible de tout lire, chaque mémoire de fin d’études offre un aperçu de l’état des connaissances dans un domaine donné. En fonction du niveau de l’étudiant, cela permet d’exercer sa propre curiosité intellectuelle et de valoriser auprès de futurs professionnels l’importance de la recherche voire de les encourager à s’y investir. Depuis dix ans, cela m’a permis d’accompagner une douzaine de diplômés ayant travaillé sur des thématiques proches des miennes vers un master 2 et même un vers un doctorat. J’espère qu’il y en aura encore de nombreux autres… »

 

L’importance des publications scientifiques

La démarche universitaire d’Arnaud Delafontaine ne serait pas complète sans cette possibilité de transmettre, à son tour, ses connaissances par le biais de l’enseignement comme de la divulgation scientifique. Auteur de nombreux articles et communications lors de congrès, Arnaud vient de publier ses derniers travaux sur la marche dans la revue Frontiers in Neurology. L’article est intitulé « Anticipatory Postural Adjustments During Gait Initiation in Stroke Patients » [Ajustements posturaux anticipateurs lors de l’initiation à la marche chez les patients victimes d’un AVC] et s’intéresse aux conséquences des pathologies neurologiques sur l’appareil locomoteur.

Il faut savoir que la grande majorité de la littérature anglosaxonne sur l’analyse de la marche est rédigée par des biomécaniciens : « En soi, c’est bien et cela nous fournit de nombreuses données scientifiques, mais, souligne Arnaud Delafontaine, cela demeure étranger à l’expertise du masseur-kinésithérapeute. Pour moi, écrire doit servir à mettre en évidence l’aspect pratique fondamental d’une problématique donnée, pour contribuer à améliorer la rééducation et donc la qualité de vie des patients. »

 

Anticiper et accompagner les évolutions du métier

Cependant, il n’y a pas que l’évolution des connaissances fondamentales qui influence la rééducation, l’évolution des thérapies en amont (chirurgicales ou médicamenteuses) a elle aussi des répercussions sur le travail des rééducateurs. Par exemple, depuis deux ans, on commence à pratiquer des greffes de ménisque alors qu’auparavant on procédait par suture ou ablation : les kinésithérapeutes doivent donc comprendre comment se rééduque un ménisque greffé. C’est là que la recherche trouve toute son importance. Quel protocole faut-il mettre en place pour mesurer l’efficacité de la rééducation ? Y a-t-il une technique meilleure qu’une autre pour renforcer la greffe du chirurgien ? Y a-t-il des techniques dangereuses pour la tenue de la greffe ?

Enfin, au-delà de l’évolution des savoirs et de celle des interventions préalables à la rééducation, il y a une autre évolution à surveiller, c’est celle des outils d’évaluation. « La santé connectée, explique Arnaud Delafontaine, ouvre des perspectives nouvelles aux rééducateurs. C’est d’ailleurs ce que la dernière conférence scientifique de l’École d’Assas, que j’ai eu le privilège de conclure, a illustré. » Une simple montre connectée, par exemple, en favorisant la communication et le partage de données, permet de mieux individualiser les soins et d’affiner les programmes de rééducation. Elle peut permettre aussi de révéler des pathologies secondaires non encore diagnostiquées. Là encore, pour aider les kinésithérapeutes à s’approprier ces techniques et à comprendre comment les insérer dans leur expertise clinique, le travail de recherche à un rôle à jouer.

Enseignant en pédiatrie à l’IFMK de l’École d’Assas, Arnaud Delafontaine est attaché à « une école qui joue un rôle pionnier en matière d’ouverture à l’international et de travail ». Une école qui est aussi, et ce n’est pas un hasard, celle de Michel Pillu !

> Retrouvez l’article sur Frontiers in Neurology