Valoriser les étudiants pour valoriser la profession

Fabienne Chaliac, enseignants Assas

Le credo de Fabienne Chaliac, responsable des stages et référente Erasmus pour l’IFPP Assas est simple : la pédicurie-podologie est un métier plein d’opportunités qui ne demandent qu’à être exploitées par des professionnels toujours mieux formés à l’interdisciplinarité.

Mordue par le virus de l’enseignement dès son diplôme de pédicure-podologue obtenu, Fabienne Chaliac, licenciée en sciences de l’éducation en 2001, a rejoint l’École d’Assas en 2007.

« L’École cherchait quelqu’un pour prendre en charge la gestion des stages et le défi m’a plu. Je connaissais Assas, notamment parce que, comme membre du jury, j’étais venue y faire passer le diplôme d’État. »

« Mon rôle, explique-t-elle, c’est de construire, d’organiser et de suivre le parcours de stage des étudiants au cours de leurs trois années d’études. En relation avec les responsables pédagogiques de chacune des années, j’essaie de faire en sorte que les étudiants voient le maximum de disciplines et de situations différentes, en essayant de concilier leurs attentes avec les objectifs pédagogiques d’excellence que nous poursuivons dans le cadre de leur formation. Les stages sont une mise en application pratique des enseignements dispensés en cours mais aussi une opportunité pour les étudiants de se confronter à la réalité de la vie professionnelle et d’intégrer la nécessaire coopération avec les autres professionnels de santé dans la prise en charge du patient. »

Comme les stages présentent la particularité de se pratiquer seulement au rythme d’une ou deux matinées par semaine, les terrains des stages se trouvent tous concentrés en région parisienne. S’ils le souhaitent, les étudiants ont toutefois la possibilité d’effectuer en province leurs deux stages prévus en cabinet libéral (en deuxième et troisième années).

Au moment de partir en stage, les programmes prévoient que les élèves puissent s’appuyer sur un livret d’accueil. Instrument essentiel dans le bon déroulement d’un stage et son suivi, ce livret est réalisé par Fabienne en collaboration avec les tuteurs : « Il permet à l’étudiant de voir les spécificités de chaque lieu de stage et les compétences qu’il va pouvoir développer sur place. » Ensuite, la qualité du travail effectué au cours du stage sera évaluée en fonction de l’acquisition des compétences préalablement définies à l’aide du livret.

La mission de Fabienne Chaliac est d’autant plus importante que le volume d’heures consacrées aux stages par les futurs podologues a été considérablement accru par la réforme de 2012 : « Aujourd’hui, un étudiant en podologie passe un tiers de sa scolarité en formation clinique. La moitié de cette formation se fait en interne, auprès des patients de la clinique de l’IFPP, et l’autre moitié en stage à l’extérieur. Au total, les élèves ont 21 stages à l’extérieur à accomplir durant leur scolarité. »

La part décisive prise par les stages dans la bonne réussite des études explique pourquoi Fabienne Chaliac a été appelée ces dernières années à participer à la coordination de la mise en œuvre de la réforme au sein de l’IFPP. Alors que les premiers diplômés issus de la réforme sont sortis d’Assas en 2015, elle est donc particulièrement qualifiée pour poser un regard avisé sur les premiers résultats de cette réforme.

De nouvelles perspectives pour la profession

« Prise sous l’angle des stages, la réforme me semble devoir favoriser la pluridisciplinarité des étudiants et permettre ainsi de mieux faire valoir le métier de pédicure-podologue au sein de l’univers de la santé. Il est bien établi, souligne-t-elle, que notre profession souffre a priori d’un déficit de reconnaissance et que ce déficit provient souvent d’une perception incomplète de ses spécificités. En ce sens, la multiplication des stages en extérieur – et donc des services et établissements visités par les étudiants – aide grandement à mieux faire connaître la profession et la valeur ajoutée certaine que le pédicure-podologue peut apporter dans la prise en charge globale du patient. De fait et de manière très prometteuse, nous avons de nouveaux interlocuteurs et partenaires et de nouveaux domaines médicaux s’ouvrent à nous. »

Parmi ces nouveaux services qui s’ouvrent aux soins de pédicurie et de podologie, il y a notamment l’oncologie : « Nous envoyons désormais des étudiants en oncologie dans les principaux hôpitaux parisiens, explique Fabienne. Les oncologues ont en effet observé que certains traitements utilisés en cancérologie provoquent des effets secondaires qui touchent le pied et que, du coup, l’intervention d’un podologue peut être un plus significatif pour le patient. Un chef de service nous expliquait récemment combien il était important pour lui d’avoir des professionnels qui passent du temps avec les patients et les accompagnent sur la voie de la guérison/rémission. »

Bien sûr, pour que les stages remplissent bien ce rôle de vitrine de la podologie, il est capital que les étudiants soient au niveau et se trouvent dans les meilleures conditions possibles pour les aborder. Cette préoccupation est au cœur de la vocation de Fabienne Chaliac : construire un parcours d’excellence permettant de valoriser les étudiants pour mieux valoriser, à terme, toute la profession.

UNE IDÉE RÉSOLUMENT POSITIVE DE L’AVENIR

Pour Fabienne Chaliac, il ne fait aucun doute que la réforme des études décidée en 2012 contribue à la mise en valeur de la profession : « Désormais, on forme sans doute moins de théoriciens purs et, à terme, l’objectif est de former de meilleurs praticiens, intégrés et valorisés dans un environnement pluridisciplinaire. On ne demande pas aux podologues d’être des médecins mais d’excellents auxiliaires de santé et reconnus comme tels. Nous devons être capables d’interagir avec les autres professionnels pour prendre toute notre place dans le système de santé français, comme un maillon dans la chaîne de soins au service du patient. Il y a un vrai besoin et des attentes certaines en ce sens chez nos différents interlocuteurs. Notre devoir est de former nos étudiants afin qu’ils soient en mesure de s’intégrer pleinement dans ce schéma et de s’épanouir professionnellement et personnellement dans un environnement en évolution. Il y a de grandes opportunités à saisir pour nos diplômés dans les années à venir en s’inscrivant dans cette démarche. »

Pluridisciplinarité, travail transversal et prise en considération des nouvelles relations hôpital-ville sont à ses yeux trois des clés de l’avenir de la pédicurie-podologie. Il ne faut pas oublier que la réforme des études de 2012 s’inscrit dans le cadre plus large de la réforme du système de santé français et des économies recherchées en la matière. « Même s’ils sont peu ou pas remboursés, les soins en podologie sont souvent peu onéreux et source de grand soulagement pour les patients. Les médecins en ont de plus en plus conscience et, peu à peu, une équipe se forme entre les médecins et nous autour d’un intérêt réciproque, celui du patient. »