Olivier Debeauquesne

Olivier Debeauquesne

Masseur-kinésithérapeute

Portrait d’Olivier Debeauquesne

Professeur de technologie à l’IFMK Assas, Olivier Debeauquesne est à l’enseignement de la kinésithérapie ce qu’un maître artisan serait à l’enseignement de la taille de pierre : à la fois un spécialiste du geste juste mais aussi de la pédagogie.

Diplômé en 1994 en région parisienne, Olivier Debeauquesne a suivi les traces familiales puisque ses deux parents étaient kinésithérapeutes. Il a toutefois multiplié les expériences en centres de santé et de rééducation avant de s’installer à son compte en 2001. Au cours de ces années, il a notamment pratiqué la rhumatologie et la traumatologie.

Aujourd’hui, son orientation professionnelle principale est la rééducation maxillo-faciale. Cette activité, qui consiste notamment à traiter les dyspraxies oro-faciales, semble limitée dans sa localisation mais très riche dans ses champs d’intervention : rhumatologie, traumatologie, neurologie, carcinologie… De plus, elle permet d’user d’une grande variété de techniques : de la rééducation musculaire à la mobilisation, en passant par la ventilation, la relaxation ou la posturologie.

Olivier Debeauquesne a commencé à enseigner en même temps qu’il lançait son activité libérale, au début des années 2000. C’est une amie, alors documentaliste à Assas, qui lui a indiqué que l’IFMK recherchait un professeur de technologie. Là, il a retrouvé Thierry Lassalle, responsable K2, qu’il avait eu comme tuteur de stage lors de ses études. L’enseignement l’attirait, motivé à la fois par l’exemple de son père, cadre de santé et enseignant, mais aussi et surtout par le désir et le goût de transmettre.

Transmettre l’efficacité du geste

Aujourd’hui, Olivier Debeauquesne travaille à Assas une journée et demie par semaine. Il est professeur de technologie sur l’ensemble du cursus scolaire. La technologie, c’est la « boîte à outils » du kinésithérapeute, avec notamment tout ce qui recouvre l’utilisation des techniques manuelles. Ainsi, une grosse part du travail d’Olivier consiste à communiquer « l’efficacité du geste » aux étudiants.

« Le geste du kinésithérapeute n’est pas stéréotypé, explique-t-il. Certes, il repose sur un savoir théorique indispensable mais il doit en permanence s’adapter à l’état physique et psychologique du patient, à l’état des structures, au ressenti du patient et du praticien. Au-delà de l’enseignement du geste théorique, j’essaie d’amener les étudiants à s’interroger sur ce qui rend leur geste efficace ou non. Pour y parvenir, je les fais travailler au maximum sur leur ressenti. Et cela commence par être capable de l’exprimer, ce qui n’est pas évident. »

« Pour cela, poursuit-il, il faut donc créer une écoute chez l’étudiant : ce que sent la main permet d’adapter mais aussi de s’approprier le geste. C’est un élément important car l’échange verbal ne suffit pas toujours en rééducation. En effet, le praticien ressent souvent des perturbations du mouvement dont le patient n’a pas conscience. En étant à l’écoute de son geste, l’étudiant peut l’adapter en temps réel. Mais pour améliorer leur pratique, les étudiants doivent faire leurs gammes : une main, ça se fabrique. » Selon lui, il faut une dizaine d’années pour se faire une bonne main. D’où ses encouragements pressants aux étudiants à s’exercer le plus possible et à profiter des terrains de stage pour répéter encore et encore les techniques apprises.

Travailler le ressenti

Attention, la répétition mécanique ne suffit pas ! « Bien sûr, l’enseignement est construit autour du geste théorique mais ensuite, c’est aux élèves de s’approprier, individuellement, en fonction de leur ressenti, la technique enseignée. Nous sommes des manuels, des artisans : le geste ne doit pas seulement devenir une pratique automatisée, il doit rester un geste réfléchi, adapté en fonction de « l’intelligence sensorielle » de notre main et devenir techniquement maîtrisé, le geste juste. C’est pour cela, et c’est ce qui m’intéresse dans la philosophie d’Assas, que l’on incite tant les étudiants à réfléchir au geste : pourquoi le choix de tel geste ? comment adapter ma main pour une meilleure efficacité ? pourquoi exercer telle pression ? Les étudiants ne sont pas là pour singer ce qu’on leur montre ! »

Bien entendu, le suivi par les enseignants de l’évolution des étudiants est essentiel. Dans le cadre de la réforme des études, Olivier Debeauquesne voit d’un bon œil la mise en place d’un portfolio pour le suivi des stages d’autant plus que leur temps de stage augmente. Toutefois, la diminution du temps de pratique encadrée à l’école l’inquiète un peu car les TP permettent à la fois de mesurer leurs progrès mais aussi de corriger les mauvaises habitudes qui pourraient s’installer. Olivier, qui a dû et su adapter au fil des ans sa pédagogie – « au départ, il y avait un gros décalage entre le niveau réel des étudiants et ce que je pensais leur apporter », reconnaît-il volontiers –, est cependant très confiant dans la capacité d’adaptation des enseignants comme des étudiants.

Une profession privilégiée, malgré tout…

Quand on interroge Olivier Debeauquesne sur l’avenir de la profession, il répond par une image : « la kinésithérapie est un médicament – avec ses indications, ses contre-indications et sa posologie – qui, en raison de l’évolution globale du remboursement des dépenses de santé, va demain devoir faire la preuve, comme tout médicament, de son efficacité ». Du coup, il estime que l’un des défis à relever est celui de l’évaluation des pratiques. Et, donc, de l’élaboration d’outils fiables pour mesurer l’efficacité des soins.
Un autre défi à prendre en compte à ses yeux est celui d’une population vieillissante que l’on veut maintenir le plus longtemps possible à domicile et des moyens qu’il va falloir réellement mobiliser pour y parvenir. Enfin, la mise en place d’une politique de prévention, très attendue par la profession, lui semble aussi une priorité incontournable.
Bien entendu, il est parfaitement conscient que l’exercice de la profession est très dépendant du cadre légal et économique qui l’entoure. Ainsi, le développement des réseaux de santé en ville devrait entraîner une majeure spécialisation des kinésithérapeutes au détriment de la pratique traditionnelle « généraliste ». Reste que la kinésithérapie présente l’avantage d’être une profession de plein emploi, avec des champs d’intervention très variés : « Comme je l’ai expérimenté moi-même, conclut-il, le fait de pouvoir changer de voie en cours de carrière est dans le contexte actuel un privilège. »