Au Mérantais, l’ergothérapie à l’heure de la conception 3D

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Concevoir l’aménagement d’un appartement en fonction de la pathologie d’un de ses résidents : c’est le défi que les étudiants de l’Institut de Formation en Ergothérapie (IFE) de l’École d’Assas ont relevé avec le concours efficace et enthousiaste d’une architecte spécialisée.

L’IFE est situé au cœur du domaine du Mérantais, sur la commune de Saint-Quentin-en-Yvelines, au sein d’une structure d’accueil de jour pour personnes en situation de handicap et pour personnes vieillissantes en situation de handicap. Le site du Mérantais dispose en outre de locaux pour la formation des aidants professionnels et familiaux, de salles de formation et de réunion, mais aussi de deux appartements à vocation pédagogique.

Dans le cadre de l’unité d’enseignement « Techniques et outils d’aménagement de l’environnement », les étudiants de l’IFE ont été invités durant un trimestre à se concentrer sur le réaménagement d’un de ces deux appartements, sous la direction experte d’une architecte d’intérieur.

Une mise en situation dans les conditions du réel

« Le grand intérêt de ce travail, explique Sylvie Chataignier, architecte spécialisée en travaux d’aménagement et d’accessibilité pour personnes en situation de handicap et séniors, est qu’il s’est fait de façon professionnelle : les étudiants ont travaillé sur un projet réel, pour une pathologie bien définie et avec un logiciel spécialisé (Koreliz Design) dont nous avons obtenu la licence temporaire. » Le projet a été mené sous forme de travaux dirigés en petits groupes, chaque groupe prenant en compte une pathologie différente, qu’il s’agisse de handicap neuromoteur, neuro-développemental, locomoteur, neurologique ou autre, envisagé à différents stades de la vie.

« Travailler sur l’aménagement d’un appartement qu’ils ont pu visiter autant de fois que nécessaire, dans l’idée que, demain, une partie de leur projet pourrait se concrétiser, a été très stimulant pour nos étudiants. C’est la première fois, depuis que je suis formatrice, que je vois des étudiants adhérer pleinement à cette unité d’enseignement souvent trop abstraite pour eux, témoigne Christine Buzy, responsable pédagogique de l’IFE. »

Comme ce cours arrive dès le second semestre d’études d’ergothérapie, alors que les étudiants n’ont encore que peu d’expérience et de connaissances, ils ont en effet parfois du mal à en comprendre la finalité. « Pour accompagner le travail effectué avec l’architecte, poursuit Christine, nous les avons fait réfléchir, avec l’équipe pédagogique, sur les activités de leur vie quotidienne puis sur celles d’une personne présentant un handicap précis, pour les sensibiliser aux différents aspects de la perte d’autonomie. Ce projet a permis de les aider à envisager une prise en compte globale de la perte d’autonomie dans tous ses aspects les plus pratiques et quotidiens. »

Pour Léa, qui participait au groupe réfléchissant au réaménagement de l’appartement pour les besoins d’une personne paraplégique, « cet enseignement a été très instructif parce que nous avons dû nous mettre à la place de la personne en situation de handicap ». En outre, souligne-t-elle à son tour, « c’était très concret : nous avons commencé par visiter les lieux puis, après avoir pris en main le logiciel, nous avons imaginé tous les aménagements possibles en liaison avec l’architecte ».

Un projet concret et vivant

Fière de la grande implication des étudiants tout au long du projet, Sylvie Chataignier – qui, avec son atelier Modulor Design, travaille en lien constant avec centres de rééducation et ergothérapeutes – insiste sur le fait que « ce travail les aidera demain à mieux concevoir les besoins des personnes auprès desquelles ils interviendront mais aussi à mieux les exprimer aux professionnels concernés, à commencer par les architectes bien entendu ». Un autre aspect de ce projet qui lui tient à cœur est qu’il permet d’envisager le patient dans son environnement y compris familial : « l’aménagement d’un lieu de vie ou de travail ne peut pas se réduire aux exigences de la personne en situation de handicap, il faut aussi prendre en compte le confort de ceux qui partagent sa vie et les étudiants ont su en prendre conscience ».

Christine Buzy la rejoint en insistant sur l’inclusion qui est au cœur du projet de l’IFE : « Notre vision pédagogique est centrée sur le patient qui est forcément et prioritairement acteur de son projet de vie. Tout ce qui concourt à améliorer sa réinsertion dans son environnement, physique mais aussi humain, doit être favorisé. En s’investissant dans l’aménagement de cet appartement, au cœur du développement du site du Mérantais, nos étudiants ont pu toucher du doigt combien leur futur métier d’ergothérapeute est porteur de sens et créateur de valeur. C’est aussi, conclut-elle, une expérience qui leur a fait entrevoir le nécessaire travail de collaboration pluridiscipinaire que l’ergothérapeute doit mettre en œuvre. »

Rendez-vous l’an prochain pour la phase 2 de ce projet vivant, innovant et humainement enrichissant, parfaitement représentatif de l’esprit de l’IFE.